
Non, le papier ne détruit pas les forêts

Contrairement à une idée reçue, l’industrie papetière n’utilise pas des arbres entiers abattus exprès. Elle emploie majoritairement des copeaux, chutes de scierie et bois d’éclaircie, autrement dit les “déchets” de la filière bois.
Entre 2005 et 2020, la superficie des forêts européennes a augmenté de plus de 59 000 km² ; l’équivalent d’un pays comme la Suisse (CEPI, 2023).
Dans le même temps, le secteur forestier-papier a contribué à un « effet positif » de –806 Mt CO₂ équivalent par an, soit 20% des émissions fossiles de l’Union Européenne (CEPI, 2024).
Autrement dit : ce n’est pas la fabrication du papier qui rase les forêts européennes. Celles-ci sont gérées, entretenues, récoltées puis replantées, selon des certifications strictes (FSC, PEFC).
Cette cascade d’usage du bois maximise chaque fibre, allonge sa durée de vie et limite le recours à la ressource vierge (FAO/CEPI, 2023).
Et près de 60 % du papier en Europe provient déjà du recyclage.
Le Papier est un allié climatique
Peu de gens le savent : le papier stocke du carbone tout au long de sa vie. Les produits issus du bois capturent le CO₂ absorbé pendant la croissance de l’arbre, et le conservent jusqu’à leur recyclage ou leur valorisation. Selon la Vision 2050 des industries forestières européennes, cette substitution du bois à des matériaux fossiles contribue activement à la décarbonation de l’économie (Forest Platform, 2020).
Le numérique est un faux ami écologique
À force d’opposer papier et écran, on oublie que le numérique a lui aussi un coût environnemental considérable. Les serveurs, data centers, réseaux et terminaux (ordinateurs, smartphones, tablettes) consomment une quantité croissante d’énergie et de ressources.
Une récente étude publiée dans Nature estime que les infrastructures numériques représentent déjà 2% à 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre ; et ce chiffre grimpe chaque année (Nature, 2024).
Les analyses de cycle de vie sont claires : selon le scénario d’usage, le numérique peut avoir un impact supérieur à celui du papier, notamment quand on tient compte de la fabrication, du stockage des données et de la courte durée de vie des équipements (LCA-Net, 2023).

Mon coup de gueule et ce que votre entreprise peut faire
Stop aux slogans tout-faits ! Arrêtons de ressortir « sans papier = sauve la planète » comme un réflexe.
Cela invisibilise les investissements massifs de la filière papier-carton dans la gestion durable, le recyclage, l’efficacité énergétique.
Cela fait croire que les forêts européennes sont mises à terre pour vos prospectus, vos journaux et magazines, alors qu’il n’en est rien !
Et cela évite de poser la vraie question : quel usage est le plus sobre, le plus efficace et comment l’optimiser.
Stop aux slogans faciles
En résumé, dire « sans papier = bon pour la planète » sans se soucier des faits, c’est faire du greenwashing inversé. Cela invisibilise des décennies d’efforts de la filière papetière : investissements dans l’efficacité énergétique, circuits courts, valorisation des fibres. Cela détourne surtout l’attention du vrai sujet : la consommation globale d’énergie et de ressources, tous supports confondus.
Alors, pour cette Journée mondiale sans papier, choisissons la lucidité. Ne transformons pas le papier / carton en coupable idéal. Les forêts européennes grandissent, le recyclage progresse, et la filière papier-carton prouve chaque jour qu’un matériau naturel et renouvelable est la base d’un modèle industriel durable.
Le défi, ce n’est pas d’éliminer le papier ou le carton, c’est de l’utiliser intelligemment, tout en rendant le numérique plus sobre.
Parce qu’au fond, la vraie question n’est pas « papier ou écran », mais : comment produire, consommer et communiquer avec bon sens ?

